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Eric Mathais installé procureur général de la cour d’appel de Montpellier

Façade du palais de justice de Montpellier, siège de la cour d'appel

Il a pris ses fonctions le 1er septembre, il les a officialisées vendredi 4 septembre devant la cour réunie en audience solennelle. Eric Mathais est le nouveau procureur général près la cour d’appel de Montpellier. Le magistrat de 61 ans, qui dirigeait jusqu’à cet été le parquet de Bobigny, arrive avec deux priorités affichées : les violences intrafamiliales et sexuelles d’un côté, le narcobanditisme et le blanchiment de l’autre.

De Bobigny à la rue Foch

La nomination remonte au printemps. Un décret du 6 mai 2026, signé par Emmanuel Macron sur rapport du Premier ministre et du garde des Sceaux Gérald Darmanin, nomme Eric Mathais avocat général à la Cour de cassation pour exercer les fonctions de procureur général près la cour d’appel de Montpellier. Le texte a été publié au Journal officiel le lendemain, après un avis du Conseil supérieur de la magistrature rendu le 7 avril.

Son prédécesseur Jean-Marie Beney avait quitté ses fonctions fin juin, après sept années passées à la tête du parquet général montpelliérain et 46 ans de carrière dans la magistrature.

Eric Mathais arrive de Seine-Saint-Denis, où il pilotait depuis 2021 l’un des parquets les plus chargés du pays. Avant cela, il avait été substitut à Thonon-les-Bains et à Saint-Étienne, procureur de la République à Bourges, Clermont-Ferrand, Brest puis Dijon. Il a aussi occupé des fonctions d’encadrement à la direction des Affaires criminelles et des Grâces, à la chancellerie.

Le ressort qu’il récupère n’a rien d’une juridiction de repos. La cour d’appel de Montpellier couvre quatre départements, l’Hérault, l’Aude, l’Aveyron et les Pyrénées-Orientales, avec des tribunaux judiciaires à Montpellier, Béziers, Narbonne, Carcassonne, Perpignan et Rodez. Par son activité judiciaire, elle se classe au septième rang des trente-six cours d’appel françaises.

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La cour d’appel siège au palais de justice, rue Foch, dans le centre historique de Montpellier.

Violences et narcobanditisme en tête de la politique pénale

Devant les magistrats réunis vendredi, le nouveau chef du ministère public régional a détaillé ses axes de travail. Trois formes de violences arrivent en tête de liste : celles commises dans le cercle familial, celles dont les mineurs sont victimes sur le terrain sexuel et celles qui prennent pour cible les représentants des institutions. Vient ensuite la criminalité organisée. Deux fléaux y sont nommément désignés : le narcobanditisme et le blanchiment sous toutes ses formes.

« Je serai un procureur général exigeant, pour lui-même et son ministère public. »

Eric Mathais, procureur général près la cour d’appel de Montpellier

Le magistrat a également souhaité que la politique pénale du ressort soit claire. Le narcotrafic est un dossier récurrent dans l’Hérault. En juin, le maire de Montpellier Michaël Delafosse réclamait la création d’une juridiction spécialisée et le comblement de postes de magistrats vacants, dans un courrier remis en main propre à Gérald Darmanin. Le sujet figure désormais noir sur blanc parmi les priorités du nouveau chef du parquet général.

Une juridiction que son premier président décrit sans fard

L’audience d’installation a aussi été l’occasion, pour le premier président Jean-Michel Etcheverry, de dresser un état des lieux peu flatteur du ressort. Il a décrit des Pyrénées-Orientales dont le niveau de vie compte parmi les plus faibles du pays, juste derrière la Seine-Saint-Denis, un Hérault lui aussi classé parmi les départements les plus pauvres et une Aude marquée par la même vulnérabilité. Selon lui, « des quartiers entiers de Montpellier comme de Béziers et Sète abritent plus de 60 % de nos concitoyens vivant sous le seuil de pauvreté ».

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Le tableau judiciaire n’est pas plus réjouissant. Le premier président a évoqué l’engorgement des cours d’assises et des cours criminelles du ressort, dont il juge la situation devenue critique. Il estime insuffisantes les dispositions issues de la loi sur la justice criminelle du 23 juillet. Il a aussi pointé la surpopulation carcérale.

Plane enfin sur l’institution le souvenir de l’affaire Lyhanna, du nom de cette fillette tuée dans le Gers par un homme déjà signalé à plusieurs reprises à la justice. Le drame avait provoqué un rassemblement de plusieurs centaines de personnes devant le tribunal judiciaire de Montpellier le 8 juin. Eric Mathais a estimé les critiques adressées aux magistrats « ressenties comme très injustes », en soutenant que les stocks de dossiers de violences sexuelles sur mineurs étaient identifiés, suivis et priorisés dans les juridictions. Le véritable enjeu se situe selon lui dans l’amélioration de la capacité à traiter les plaintes, un chantier partagé entre le ministère de la Justice et celui de l’Intérieur.

Douze autres magistrats ont été installés au cours de la même audience. Une seule, Marie-Françoise Treil, rejoint le parquet général. Les onze autres sont affectés au siège, des chambres civiles à la chambre de l’instruction en passant par la chambre sociale et la chambre correctionnelle.

Un procureur général qui publie sur les réseaux

Eric Mathais détonne sur un point : il communique lui-même, directement, sans passer par les rédactions. Il tient un compte X sous le nom @PGMontpellier et publie aussi sur LinkedIn et Instagram, où il détaille des chiffres d’activité de parquet, des permanences ou des condamnations obtenues.

Cette habitude tient une place dans sa feuille de route. Le magistrat souhaite que l’on parle davantage de la justice autrement qu’au travers des seuls faits divers et demande à son parquet général de développer une communication moderne. Le premier président avance de son côté un geste symbolique : la cour d’appel ouvrira ses portes pour les journées européennes du patrimoine, ce qu’elle n’avait plus fait depuis des années.

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Reste à traduire les intentions en décisions. Le procureur général n’instruit pas les dossiers lui-même : il anime la politique pénale des parquets de son ressort et exerce l’action publique devant la cour. C’est là, dans les réquisitions et les orientations données aux parquets du ressort, que se mesurera l’écart entre le discours d’installation et la pratique.