L’université de Montpellier Paul-Valéry a lancé son année universitaire lundi 7 septembre avec environ 23 000 étudiants inscrits. Le déficit annuel de l’établissement approche les huit millions d’euros. Sa présidente Anne Fraïsse décrit des travaux dirigés ouverts sans enseignant dès le premier jour.
Un budget qui ne suit plus depuis six ans
La faculté de lettres, langues, arts et sciences humaines de la route de Mende vit sur un modèle financier à bout de souffle. L’établissement creuse chaque année un trou proche de huit millions d’euros, selon France 3 Occitanie. Il a longtemps été comblé par le fonds de roulement de l’université, sa réserve financière.
Cette réserve s’épuise. Interrogée par La Marseillaise le 4 septembre, Anne Fraïsse détaille l’écart : le budget de l’université s’est élevé l’an passé à 140 millions d’euros pour 107 millions de dotation de l’État. Il en manque chaque année une dizaine selon elle. Elle ajoute que l’État ne prend pas en charge la hausse des salaires. Sans aide de l’État, prévient-elle, le fonds de roulement sera négatif dès décembre.
« C’est le problème de l’autonomie des universités : il se décharge et nous demande de faire le sale travail. »
Anne Fraïsse, présidente de l’université de Montpellier Paul-Valéry, à La Marseillaise
Le passage de l’établissement au statut d’établissement public expérimental au 1er janvier 2025 n’a rien changé à l’équation financière. « Le passage au statut d’Établissement public expérimental (EPE) en 2025 ne nous a pas ramené un sou », résume la présidente dans le même entretien. Sa lettre ouverte adressée à Emmanuel Macron en janvier avait déclenché une inspection ministérielle dont les conclusions ont été publiées fin juillet.
Des travaux dirigés sans enseignant dès le premier jour
Le sous-encadrement se voit dès la première semaine de cours. « Il n’y a pas assez de personnel, on doit faire appel à des contractuels, donc on commence la rentrée avec des TD sans enseignants », a expliqué Anne Fraïsse à France 3 Occitanie. Certains enseignants assurent des doubles services. Des groupes d’étudiants sont parfois regroupés.
Sa présidente évoque auprès de La Marseillaise un sous-encadrement allant jusqu’à -40 % d’enseignants-chercheurs dans certains départements. Fabien Bon, élu étudiant au conseil d’administration et militant du Syndicat de combat universitaire de Montpellier, avance de son côté un chiffre parlant : dans certaines filières, 20 % des étudiants n’ont aucun enseignant-chercheur devant eux. « Ce sont des chargés de TD, des contractuels, des doctorants », énumère-t-il auprès de France 3.
Du côté des personnels, la lassitude domine. Isabelle Felici, professeure d’études italiennes et représentante CGT de l’université, décrit une situation qu’elle qualifie de structurelle.
« C’est structurel, on sait qu’il y a de moins en moins d’argent. On a un sentiment de dégoût face à ce mépris qu’on subit. »
Isabelle Felici, professeure d’études italiennes, CGT université Paul-Valéry
Réduire le nombre d’étudiants, l’option qui monte
Faute de moyens supplémentaires, une hypothèse s’installe dans le débat : accueillir moins d’étudiants. Anne Fraïsse résume le paradoxe devant France 3. « On nous dit qu’on est formaté pour 17 000 élèves, pourtant on en a 23 000, donc qu’est-ce qu’on fait des 6 000 supplémentaires ? »
L’établissement n’a jamais compté autant d’inscrits en licence, master et doctorat : 22 929 l’an dernier, selon les chiffres avancés par sa présidente. Les capacités d’accueil en première année de licence ont été dépassées dans les filières en tension. Des freins ont été posés cette année sans infléchir la courbe. En juillet, 15 500 étudiants étaient déjà inscrits, avec plus de 1 000 inscriptions le premier jour puis environ 300 par jour. L’université se dit déjà au-dessus de l’an dernier.
La présidente met aussi en avant un chiffre qui alimente la réflexion sur les capacités d’accueil : chaque année, un quart des inscrits en première année de licence ne passe aucun examen tout en conservant sa place dans l’établissement. Une piste que refusent les représentants étudiants. « On revendique que chaque étudiant puisse avoir accès aux études de son choix en licence comme en master », martèle Fabien Bon auprès de France 3.
Les étudiants appelés à manifester le 15 septembre
Le versant social de cette rentrée occupe aussi le terrain. Lors de sa conférence de presse de rentrée relayée par le média Métropolitain, le Syndicat de combat universitaire de Montpellier a dressé un état des lieux alarmant de la vie étudiante locale. Pour la deuxième année consécutive, le syndicat recense au moins 150 étudiants sans aucune solution de logement à la rentrée. Il rappelle que le Crous dispose d’environ 8 000 lits pour 80 000 étudiants à Montpellier, soit un sur dix logé.
Ces tensions ne datent pas de septembre. Une enquête de Que Choisir Ensemble publiée en juillet montrait que 93 % des annonces de logements étudiants montpelliérains analysées ne respectaient pas l’encadrement des loyers. Les bases pratiques de la rentrée sont détaillées dans notre guide pour étudier à Montpellier.
Le syndicat ouvre cette année un troisième point de distribution alimentaire, chaque mercredi à Paul-Valéry dans le bâtiment I, espace La Ruche, en plus de ceux de la Colombière et du Triolet. Il annonce aussi la diffusion de 10 000 livrets d’accueil sur les campus.
" A Montpellier, le SCUM dénonce la précarisation des étudiants et la sélection sociale "
— SCUM – Montpellier (@scum34) September 7, 2026
Le média Métropolitain revient sur les mobilisations du syndicat étudiant de Montpellier ⤵️ https://t.co/6lwPhKL2fe
Le SCUM appelle les étudiants à se joindre à la mobilisation nationale du mardi 15 septembre. Son communiqué du 4 septembre fixe le rendez-vous montpelliérain à 10 heures devant la préfecture. Le syndicat y dénonce une suppression des aides personnalisées au logement qu’il dit envisagée par le gouvernement, ainsi que les frais d’inscription différenciés appliqués aux étudiants hors Union européenne, qu’il chiffre à 2 895 euros par année de licence et 3 941 euros par année de master.
Direction de l’université, enseignants et syndicats étudiants se retrouvent sur un point : ils attendent des dotations supplémentaires de l’État. Sans elles, le fonds de roulement de l’établissement est annoncé dans le rouge dès décembre par sa présidente.














