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Violences sexuelles sur mineurs : près de 70 gardes à vue depuis juin à Montpellier

Local d'accueil des mineurs de l'unite d'accueil pediatrique enfant en danger du CHU de Montpellier

Le parquet de Montpellier a rouvert plusieurs centaines de dossiers de violences sexuelles sur mineurs depuis le mois de juin. Le réexamen a débouché sur près de 70 gardes à vue et sur 34 informations judiciaires visant les cas les plus lourds. Le procureur Thierry Lescouarc’h a détaillé ce bilan vendredi 25 septembre devant le tribunal judiciaire réuni en audience solennelle.

Dix-huit revues de procédures avec la police et la gendarmerie

Le chantier a démarré en juin. Dix-huit revues de procédures ont réuni le parquet, la police et la gendarmerie. Plusieurs centaines de dossiers y ont été repris jusqu’à la mi-juillet.

Le parquet indique avoir donné des instructions en temps réel aux enquêteurs et placé ces dossiers en priorité de traitement, avec le recours à une information judiciaire lorsqu’une mesure de sûreté s’impose.

« Des plaintes sont prises par centaines chaque année. Il y a donc un nombre très important d’affaires à traiter par des enquêteurs spécialisés »

Thierry Lescouarc’h, procureur de la République de Montpellier

Arrivé à la tête du parquet montpelliérain en septembre 2025, le magistrat a rappelé la lourdeur de ces enquêtes. Elles peuvent réclamer des auditions de victimes, de témoins et de proches. Elles supposent aussi des expertises médico-légales, psychologiques, psychiatriques ou numériques.

Montpellier nommé dans le courrier du garde des Sceaux

Cette remise à plat ne relève pas d’une initiative locale isolée. Après l’affaire Lyhanna, le garde des Sceaux Gérald Darmanin a demandé à tous les procureurs de passer en revue, sans exception, les plaintes déposées pour des violences sexuelles subies par des mineurs.

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Dans un courrier de douze pages adressé le 29 juillet au ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, révélé début août, le ministre de la Justice décrivait un « stock fantôme » : des procédures que les services n’ont jamais fait remonter aux parquets et que la justice ne répertorie donc pas. Montpellier y figurait nommément. Selon ce document, les enquêteurs montpelliérains « se heurtent parfois au refus de leur hiérarchie ». Le ministre situe ce blocage notamment sur des surveillances et sur des auditions de témoins dans certaines affaires.

Le sujet avait déjà mobilisé la rue au pied de la cité judiciaire. Le 8 juin, plusieurs centaines de personnes s’étaient rassemblées place Pierre-Flotte, devant le tribunal judiciaire de Montpellier, à l’appel d’un collectif féministe.

Le tribunal judiciaire de Montpellier, place Pierre-Flotte.

Une spécialité réclamée aux parlementaires

Deux parlementaires assistaient à l’audience : la députée Fanny Dombre-Coste et le sénateur de l’Hérault Hussein Bourgi. Le procureur en a profité pour leur adresser une demande précise. Il propose d’ouvrir dans le code de procédure pénale une catégorie supplémentaire d’assistants spécialisés, dédiée aux atteintes commises sur des mineurs, à l’image de ce qui existe déjà pour d’autres contentieux. « Je pense sincèrement que la création de cette spécialité serait utile et nous permettrait de renforcer nos capacités d’analyse et de traitement », a-t-il défendu.

L’article 706 du code de procédure pénale permet aujourd’hui de nommer des assistants spécialisés auprès d’un pôle de l’instruction ou d’un tribunal judiciaire mentionné aux articles 704 ou 705 du même code. Ces agents interviennent sous la responsabilité des magistrats. Ils assistent les juges d’instruction et le ministère public et remettent des documents de synthèse ou d’analyse versés au dossier de la procédure. C’est cette liste que Thierry Lescouarc’h voudrait voir élargie.

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Béziers a fait un autre choix

L’autre parquet du département a répondu à la même commande par une réorganisation. À Béziers, le procureur Arnaud Faugère recensait fin juillet environ 600 enquêtes en cours pour des viols sur mineurs et des agressions sexuelles sur mineurs, dont 240 déjà examinées. Il a annoncé la création à la rentrée d’une section Famille dotée d’un troisième magistrat, soit 30 % des effectifs de magistrats de son parquet.

Le cadre national qu’il décrivait alors donne la mesure de la charge : le total des personnes mises en cause pour viols et agressions sexuelles sur mineurs est passé de 18 800 à 29 000 entre 2020 et 2024, une hausse de 56 %.

Où la parole des mineurs est recueillie

Les auditions évoquées par le procureur ont un lieu dédié dans la métropole. Le CHU de Montpellier abrite une unité d’accueil pédiatrique enfant en danger, mise en place à la suite d’une instruction ministérielle du 3 novembre 2021. Elle réunit deux équipes, l’une rattachée au groupe Enfance en danger, l’autre à la médecine légale.

La seconde occupe le rez-de-chaussée de l’hôpital Lapeyronie. Ouverte 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, elle intervient sur réquisition judiciaire pour les mineurs de 0 à 18 ans. Une salle d’audition filmée y est prévue pour le « recueil de la parole du mineur par les services d’enquête, dans un lieu sécurisant, protecteur et aménagé à cet effet ». Le CHU explique vouloir ainsi éviter la répétition des interrogatoires. Une juriste de l’association France Victime 34 y tient une permanence aux heures ouvrables.

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Côté municipal, la Ville a fermé le 25 septembre sa consultation en ligne sur l’accueil des enfants dans les écoles et les centres de loisirs.

Environ 6 000 gardes à vue par an au tribunal

Le reste du tableau dressé vendredi éclaire l’activité du tribunal. La juridiction compte environ 6 000 gardes à vue par an et près de 2 000 présentations au parquet, pour un taux de réponse pénale de 85 %. « Nous sommes là pour appliquer la loi de la République à tout le monde, sans exception », a rappelé le procureur.

« la justice est de plus en plus attendue par nos concitoyens »

Catherine Lelong, présidente du tribunal judiciaire de Montpellier

L’audience servait aussi à installer onze magistrats, six au siège et cinq au parquet. Elle s’est tenue trois semaines après l’installation d’Eric Mathais à la tête du parquet général de la cour d’appel, qui a fait des violences intrafamiliales et sexuelles l’une de ses deux priorités affichées. Sur les revues de procédures, Thierry Lescouarc’h a résumé la suite en une phrase : « Nous savons qu’il faut poursuivre dans le temps cette action volontariste pour traiter de manière efficiente ces dossiers ».