Trois hectares de bureaux vides à dix minutes à pied de la Comédie, deux promoteurs et environ cinq cents logements à la clé. Le projet dessiné sur la friche Groupama, à la charnière de Figuerolles et de la place du 8-Mai, a été présenté fin septembre aux habitants du quartier. Réunis au sein de l’association Chaptal Renouvier, ces derniers entendent encore peser sur un programme dont le premier permis pourrait être délivré d’ici la fin du mois.
Trois hectares à l’arrêt depuis 2023
L’emprise s’étire autour de la place Jean-Antoine-Chaptal, dans le quartier Figuerolles, rattaché au secteur Centre de Montpellier. Un peu plus de 39 000 m² de bureaux y dorment sur une parcelle privée d’environ trois hectares, ce qui en fait la plus vaste friche du grand centre de la capitale héraultaise, selon le quotidien régional Midi Libre.
Le site abritait deux occupants. La Mutualité sociale agricole en avait quitté une partie dès 2018 pour rejoindre des locaux neufs à Odysseum. L’assureur Groupama a libéré les siens en 2023. Le registre national des entreprises en conserve une trace : l’établissement du comité social et économique de Groupama Méditerranée domicilié bâtiment 2 de la « Maison de l’agriculture », place Jean-Antoine-Chaptal, y figure comme fermé, celui qui reste en activité étant installé 20 avenue Frédéric-Mistral.
Dix immeubles, un parc et une esplanade publique
Deux promoteurs se partagent la requalification. Cogedim a repris la part la plus importante, celle qu’occupait l’assureur. Nexity détient la parcelle située à gauche de la place Chaptal, où se trouvait un centre des finances publiques fermé depuis 2010 et où l’opérateur envisage un hôtel ainsi que des logements. Les deux programmes réunis doivent produire environ cinq cents logements.
L’agence montpelliéraine A+ Architecture signe le dessin d’ensemble. Les constructeurs tablent sur dix immeubles, dont les plus hauts culmineraient à huit étages. Un parc central de 3 600 m², susceptible de servir de bassin de rétention, viendrait s’y ajouter, de même qu’une esplanade publique reliant la place Chaptal à l’avenue de la Liberté. Deux bâtiments seront conservés : l’ancien centre des impôts ainsi que celui de la MSA, qui pourrait accueillir des logements étudiants. Les parkings souterrains, eux, restent en place : 400 emplacements au total.
Ce que le document d’urbanisme autorise déjà
Le secteur n’est pas une page blanche. Le plan local d’urbanisme intercommunal de Montpellier Méditerranée Métropole y a inscrit une orientation d’aménagement et de programmation portant le nom du projet, « Liberté Chaptal », référencée MR-6. Les données publiées sur le Géoportail de l’urbanisme montrent une emprise à cheval sur plusieurs zonages : « tissu de faubourgs », « polarités » et « tissu urbain mixte à vocation principalement résidentielle à dominante d’habitat collectif et de morphologie urbaine discontinue ».
Les hauteurs maximales inscrites à l’intérieur de ce périmètre s’échelonnent de R+2 à R+8 selon les sous-secteurs. Une prescription d’aspect extérieur « 1ère couronne faubourg XIXe » s’applique sur une partie de l’emprise. Le document impose également un secteur de mixité sociale, une taille minimale de logements et une règle pluviale précise : la zone 2 commande le stockage puis la restitution de 190 litres par mètre carré imperméabilisé, avec un débit de fuite fixé au Q2 actuel ou à 70 litres par seconde et par hectare. Les promoteurs annoncent de leur côté un parc capable de faire office de bassin de rétention, quelques jours après les intempéries qui ont submergé plusieurs quartiers montpelliérains.
« On arrive beaucoup trop tard » : la fronde du quartier
Créée en avril, l’association Chaptal Renouvier, dite ACRe, s’est invitée dans la discussion. Elle a convié les habitants à une restitution publique le mardi 29 septembre à 18 h 30, dans les locaux de La Carmagnole, rue de la Palissade, pour présenter l’état du projet et les points qu’elle entend défendre. Elle veut discuter des « porosités urbaines », de la morphologie des futurs bâtiments et de leur intégration architecturale.
« Il s’agit de la deuxième version du projet. Il n’est pas figé. On veut faire valoir la parole des habitants du quartier »
Des membres de l’association Chaptal Renouvier (ACRe), cités par Midi Libre
La soirée a surtout montré combien une partie de la salle découvrait le dossier. « Ce projet aurait mérité d’être présenté plus en amont. On arrive beaucoup trop tard », ont indiqué plusieurs participants. Le rôle de la municipalité a été mis en cause. Les remarques ont porté sur l’évacuation des eaux en cas de fortes pluies, sur la circulation automobile et sur un nombre de places de stationnement jugé insuffisant. Une habitante du secteur Renouvier a demandé si l’architecte des Bâtiments de France pouvait être associé au dossier.
L’opération demeure privée de bout en bout, accès au parc compris. Voilà une autre source de crispation. « Il y avait cet espace important mais il n’y a aucun bénéfice pour les habitants du quartier », a relevé un résident, regrettant l’absence de réflexion sur des équipements publics. L’association dit avoir déjà obtenu quelques modifications, notamment pour les maisons mitoyennes du boulevard Renouvier.
Un premier permis attendu d’ici la fin du mois
Selon les membres de l’ACRe, un premier permis de construire pourrait être délivré sur le site à la fin du mois d’octobre. La séquence précédente avait été franchie le 18 mars, quand la Ville avait accordé à Cogedim un permis d’aménager autorisant la démolition des bâtiments et la création de lots à bâtir. Entre les deux, l’emprise désaffectée a servi de décor à un exercice du RAID fin juillet, qui avait fait croire au quartier à une opération d’envergure.
La question du logement étudiant reste l’un des angles les plus scrutés du programme. Montpellier connaît à chaque rentrée une tension locative qui pousse les candidats à multiplier les démarches pour décrocher un studio. Entre les attentes de la collectivité, les équilibres financiers des promoteurs et les demandes des riverains, les prochaines semaines diront laquelle de ces trois logiques l’emporte sur la plus grande friche du centre montpelliérain.















