Quatorze interpellations en cinq jours et un chef de la sécurité publique envoyé à l’hôpital : la semaine du 11 au 15 avril restera comme l’une des plus intenses de l’année à la cité Gély, point noir du trafic de stupéfiants à Montpellier. La police nationale de l’Hérault a enchaîné les interventions dans ce quartier niché entre Figuerolles et La Chamberte, avec l’appui de renforts CRS et de la BAC. Quatre mineurs figurent parmi les personnes présentées à la justice.
Les opérations ont été déclenchées sur réquisition du parquet de Montpellier, après plusieurs signalements transmis via la plateforme Ma Sécurité. Les saisies de stupéfiants, d’armes blanches et de liquide confirment la persistance d’un marché très organisé.
Cinq jours de coups de poing dans le quartier Figuerolles
Du vendredi 11 au mardi 15 avril, la direction interdépartementale de la police nationale (DIPN 34) a déployé plusieurs unités à la cité Gély : voie publique, CRS 81 appelée en renfort, brigade anti-criminalité, brigade des stupéfiants, maîtres-chiens. L’objectif affiché reste toujours le même : désorganiser les points de deal, saisir l’argent, identifier guetteurs et revendeurs.
Le bilan communiqué par les autorités s’établit à quatorze interpellations. Onze majeurs ont été présentés à la justice dans le cadre de convocations ou de comparutions immédiates. Trois mineurs seront jugés par le juge des enfants dans les semaines à venir, un quatrième adolescent ayant été remis à ses parents après audition.
La cité Gély concentre à elle seule l’essentiel des saisies de cannabis réalisées à Montpellier depuis le début de l’année 2026, selon les relevés transmis aux élus du quartier.
Un policier projeté dans l’escalier, quatre jours d’ITT
L’épisode le plus marquant s’est joué le 14 avril vers 17h30. Une patrouille a voulu contrôler un individu à l’entrée d’un immeuble de la rue Figuerolles. L’homme a refusé le contrôle puis s’est réfugié dans les étages. Acculé dans une cage d’escalier, il a repoussé violemment un agent, qui a chuté à la renverse sur plusieurs marches.
La victime est le chef du service de la sécurité publique de Montpellier. Conduit aux urgences, il souffre d’un traumatisme crânien ainsi que de contusions au dos et aux chevilles. Son incapacité totale de travail a été fixée à quatre jours. Le suspect, âgé d’une vingtaine d’années et déjà défavorablement connu des services, a été placé en garde à vue pour violences sur personne dépositaire de l’autorité publique.
Quelques minutes plus tôt, les CRS avaient intercepté deux hommes de 20 et 33 ans liés à un point de deal. Le premier, en tentant de fuir, a abandonné 130 grammes d’herbe de cannabis, 15 grammes de résine et 310 euros en liquide. Le second portait sur lui 280 euros, également saisis.
Des mineurs recrutés comme guetteurs
La présence de très jeunes adolescents dans l’organisation du trafic reste l’élément le plus préoccupant pour les enquêteurs. Le 14 avril à 15h10, un garçon de 15 ans a été interpellé à l’entrée de la cité après avoir crié « arah », terme de guet employé par les dealers pour signaler l’arrivée de la police. Il tentait aussi de bloquer le passage en traînant des poubelles sur la chaussée.
Ce mode opératoire n’a rien d’isolé. Les réseaux locaux s’appuient sur une chaîne de rémunération progressive : le guetteur mineur touche quelques dizaines d’euros par jour, le revendeur visible plusieurs milliers par semaine. Les chefs de réseau, eux, n’apparaissent jamais sur le terrain.
Un point de vente identifié depuis des années
La cité Gély n’est pas une découverte pour les services d’enquête. En juillet 2018, une fusillade avait opposé les trafiquants à la brigade des stupéfiants, conduisant à la mise en examen de deux hommes et à la saisie de dix kilos de cocaïne, 2,7 kilos d’héroïne et de cannabis. En 2024, une intervention baptisée « place nette » avait mobilisé une trentaine de CRS et la société Nicollin, venue retirer près de 900 kilos d’encombrants utilisés pour barrer l’accès aux points de vente.
« Le narcotrafic est l’un des fléaux qui menacent la cohésion de notre pays. À Montpellier depuis mon élection en 2020, nous ne tremblons pas. »
Michaël Delafosse, maire de Montpellier et président de la Métropole
Côté Mairie, la sécurité reste l’un des axes prioritaires du second mandat. Le budget 2026 voté le 15 avril prévoit une hausse du financement alloué à la police municipale et au plan de vidéoprotection.
Un mois d’avril saturé d’opérations
Le bilan de la cité Gély vient s’ajouter à plusieurs interventions marquantes du début de mois. Le 9 avril, une saisie spectaculaire a eu lieu dans un appartement du quartier Alco-Saint-Éloi : 1 kilo de cocaïne, 17 kilos de cannabis, une kalachnikov et 13 000 euros. Le 4 avril, une autre opération de contrôle à La Mosson avait abouti à la saisie de tabac de contrebande, de protoxyde d’azote et d’alcool de contrefaçon.
Les comparutions immédiates se sont tenues la semaine dernière, les dossiers les plus lourds seront audiencés au tribunal correctionnel de Montpellier dans les prochains mois.
Les habitants témoins de trafics peuvent effectuer un signalement anonyme via la plateforme Ma Sécurité ou en contactant le commissariat central de Montpellier au 17.










