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Mort d’Ali Belhoussine à la Paillade : verdict ce jeudi aux assises de l’Hérault

Trois hommes comparaissent depuis lundi 4 mai devant la cour d’assises de l’Hérault pour le meurtre d’Ali Belhoussine, un quinquagénaire roué de coups à mort dans le quartier de la Paillade en juin 2023. Le verdict est attendu ce jeudi soir, à l’issue de quatre jours d’audience marqués par des témoignages évasifs et des versions contradictoires.

Les jurés héraultais ont la main sur des peines pouvant aller jusqu’à 30 ans de réclusion criminelle.

La nuit du 13 juin 2023 sur le site des Gémeaux

Les faits remontent à la nuit du 13 au 14 juin 2023, dans le secteur de la Mosson. Ce soir-là, Ali Belhoussine, 55 ans, souffrant de troubles psychiatriques selon l’enquête, se présente sur le site des Gémeaux, identifié comme un point de deal par les services de police. Selon les premiers éléments judiciaires, il vient menacer plusieurs individus présents sur la zone.

Quelques minutes plus tard, le quinquagénaire est pris à partie sur la voie publique puis frappé avec une violence qualifiée d’extrême par les enquêteurs. L’autopsie décrit « de multiples ecchymoses au visage, ayant entraîné des lésions cérébrales irréversibles, ainsi qu’une fracture du larynx et de plusieurs côtes ». Transporté à l’hôpital, Ali Belhoussine y décède peu après son admission.

Le quartier de la Paillade, à l’ouest de Montpellier, où s’est déroulée la scène.

Trois accusés au box, des profils contrastés

Les trois hommes jugés cette semaine ne se présentent pas dans la même position. Ramzy B. (29 ans) et Nabil A. (24 ans) comparaissent détenus. Le premier s’était rendu à la police trois jours après les faits avant d’être placé en détention provisoire. Le second avait pris la fuite et n’avait été interpellé qu’au bout de plusieurs jours de cavale.

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Le troisième accusé, Farid A., 37 ans, comparaît libre. Au casier judiciaire chargé, déjà condamné par le passé pour des vols, des violences et des affaires de stupéfiants, il avait été remis sous contrôle judiciaire après ses premières déclarations à l’instruction. À la barre, il reconnaît avoir porté des coups, tout en se défendant de toute responsabilité dans la mort de la victime. Une nuance que les jurés devront trancher.

L’enjeu est de taille : la qualification de meurtre retenue par le parquet expose les accusés à trente ans de réclusion criminelle. La requalification éventuelle en violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner ramènerait la peine encourue à quinze ans.

Des témoins évasifs face aux jurés

Le déroulé des deux premières journées d’audience a illustré la difficulté de l’enquête. Plusieurs témoins entendus mardi 5 mai ont peiné à retracer les minutes de l’agression, livrant des versions parfois contradictoires avec leurs déclarations à la police puis au juge d’instruction.

Un témoin clé, Jamel L., présent sur les lieux, est ainsi revenu sur ses propos initiaux. Le président de la cour lui a fait remarquer la distance entre ses différentes auditions : « Entre la première audition et l’audition avec le juge d’instruction c’est un autre monde. Avec le récit d’aujourd’hui il y a encore autre chose. » Cet aller-retour permanent a marqué les débats.

« Il lui a mis un coup de pied dans la tête, comme quand on shoote dans un ballon, avant de lui sauter à pieds joints à plusieurs reprises sur la tête. »

Témoignage d’un coaccusé devant les enquêteurs, repris à l’audience

Cette description, glaçante, figure dans le dossier d’instruction. Son auteur, l’un des coaccusés du procès, affirmait par la suite être intervenu pour s’interposer, ce qui lui avait valu d’être laissé en liberté avant le procès. Il assume aujourd’hui devant la cour avoir été présent sur les lieux mais nie toute violence personnelle.

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Un dossier sur fond de trafic à la Paillade

Le décor des faits, le site des Gémeaux, n’est pas anodin. Ce point de deal de la cité figure depuis plusieurs années sur la cartographie policière des trafics actifs à Montpellier. Les services de police y mènent régulièrement des opérations, à l’image de celles déployées récemment dans d’autres secteurs de la ville comme l’opération aux Marels fin avril ou les multiples interpellations enregistrées dans plusieurs cités héraultaises.

Pour les enquêteurs, le profil de la victime, fragile et identifiée comme une figure familière du secteur, ajoute à la sidération. Ali Belhoussine n’était pas armé, ne représentait pas une menace réelle pour les guetteurs présents ce soir-là selon les éléments retenus par l’instruction. C’est pourtant lui qui paie de sa vie une altercation initiée pour quelques mots.

Cette dimension rappelle d’autres affaires récentes traitées par la justice héraultaise, où la violence collective vise des personnes vulnérables. Le tribunal correctionnel de Montpellier a par exemple récemment condamné un couple de SDF pour une agression collective dans le tramway, dans un registre comparable.

Verdict attendu ce jeudi soir

L’audience reprend ce jeudi 7 mai pour les ultimes plaidoiries. L’avocate générale doit prononcer ses réquisitions, suivie des conseils de la défense, avant que le jury et la cour ne se retirent pour délibérer. Le verdict est attendu en fin de journée, comme le veut la procédure devant la cour d’assises.

Les Montpelliérains suivront avec attention cette décision, dans une métropole où les questions de sécurité et de trafics restent au cœur des débats publics. La nomination récente d’une nouvelle cheffe d’état-major à la police de l’Hérault avait elle aussi été présentée comme un signal de la priorité donnée à ces enjeux par les autorités.

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Au-delà du strict cadre judiciaire, ce procès donne à voir, sur quatre journées d’audience, le prix humain payé par les habitants des cités où les points de deal s’enracinent. La famille d’Ali Belhoussine, partie civile, attend désormais que la cour tranche le fond