Montpellier Info

Toute l'actualité de Montpellier et sa région en direct

Incendie aux Arceaux : locataires et avocats à la rue

Porte ancienne verrouillée par une chaîne et des cadenas

Deux semaines après l’incendie qui a ravagé un studio sous les combles, l’immeuble de la rue du Carré-du-Roi, aux Arceaux, reste totalement interdit d’accès. Un arrêté municipal d’évacuation prive locataires, avocats et professionnels de santé de leurs logements, de leurs dossiers et de leur outil de travail. Certains ne pourront pas revenir avant plusieurs mois.

Un ancien couvent verrouillé depuis la nuit du 10 juillet

Le feu s’est déclaré dans la nuit du jeudi 9 au vendredi 10 juillet, dans un studio d’environ 30 m² aménagé sous les combles de cette vieille bâtisse proche du Peyrou. Les flammes avaient percé la toiture à l’arrivée des sapeurs-pompiers de l’Hérault, qui ont déployé deux lances à eau pour maîtriser le sinistre. Aucun blessé n’était à déplorer et l’origine du départ de feu reste indéterminée.

Le lendemain, une expertise mandatée par la Ville de Montpellier a conclu à des risques d’écroulement importants. Si les flammes ont épargné la plupart des appartements, l’eau des lances a inondé les étages de cet ancien couvent. Les planchers sont fragilisés au point que la municipalité a pris un arrêté d’évacuation pour raisons de sécurité. Depuis, des chaînes verrouillent la lourde porte d’entrée. Sur le battant, une feuille résume le désarroi des occupants : « Locataires SDF : nous aurions besoin de récupérer rapidement nos affaires de travail ».

Localisation : rue du Carré-du-Roi, quartier des Arceaux, Montpellier

Ce paradoxe est fréquent dans les feux d’habitation : le sinistre a été maîtrisé rapidement alors que l’eau nécessaire à l’extinction a causé des dégâts plus étendus que les flammes elles-mêmes. « Les sols menacent de s’effondrer », confirme la fille d’un couple de locataires évacués dans la nuit de l’incendie, qui guette depuis le trottoir la moindre information sur la toiture. L’interdiction vaut pour tous les étages, quel que soit l’état de chaque appartement, la sécurité de l’ensemble des occupants primant sur les situations individuelles.

READ  Faubourg du Courreau : la préfète ferme une épicerie 15 jours

Des avocats privés de leurs dossiers

Le bâtiment n’abrite pas que des logements. Une vingtaine de professionnels et d’associations y ont leurs bureaux, d’après le décompte rapporté par Midi Libre. Parmi eux, l’avocat pénaliste Marc Gallix, dont le cabinet occupe le premier étage depuis 2014. Il n’a pas pu récupérer les dossiers de ses clients, des documents pourtant indispensables au fonctionnement de la justice.

« Il y a urgence absolue. Ce jeudi, j’avais un procès pour homicide : j’ai dû plaider au tribunal avec des notes qu’une consœur m’a données. »

Marc Gallix, avocat pénaliste à Montpellier, dans les colonnes de Midi Libre

En deux semaines d’inaccessibilité, le juriste montpelliérain chiffre déjà ses pertes en milliers d’euros. Pour les professions réglementées, l’enjeu dépasse le simple préjudice financier : des pièces de procédure dorment derrière la porte cadenassée, sans date de restitution connue.

Des soins suspendus jusqu’à l’automne

La situation n’est guère plus tenable pour les soignants de l’immeuble. François Bourgeois, kinésithérapeute spécialisé dans la prise en charge du cancer du sein, a appris de sa compagnie d’assurances qu’il ne pourrait pas rouvrir son cabinet avant au moins novembre. Dans l’intervalle, il a trouvé en urgence un local disponible quelques créneaux par semaine, une chance liée aux congés d’été.

Faute de place et de matériel, le praticien doit trier ses patientes selon la gravité des cas. Son appareil de massage mécanique, nécessaire à certains soins post-opératoires, est resté à l’intérieur du bâtiment condamné. Chaque semaine de fermeture se traduit par des soins reportés et un manque à gagner qui s’accumule.

READ  Des Montpelliérains font la queue toute la nuit pour la Swatch Royal Pop × Audemars Piguet

Ce type d’arrêté, pris au titre de la mise en sécurité, engage la responsabilité de la commune tant que le péril n’est pas levé. La levée passe par une nouvelle expertise, des travaux de consolidation validés puis un arrêté de mainlevée. Une procédure qui se compte en mois pour un bâtiment ancien, rarement en semaines.

Un scénario qui se répète dans le centre de Montpellier

Le cas de la rue du Carré-du-Roi n’est pas isolé. En juin, un incendie rue Massane avait déjà provoqué la colère des riverains de l’Écusson, confrontés aux mêmes lenteurs entre expertise, assurances et travaux. En mars, un risque d’effondrement rue Jacques-Cœur avait entraîné la fermeture en urgence de deux commerces du centre historique. Le bâti ancien de la capitale héraultaise, souvent morcelé entre de nombreux copropriétaires, complique chaque remise en état.

Pour les occupants des Arceaux, la priorité immédiate est plus modeste : obtenir une autorisation d’accès encadrée, ne serait-ce que quelques minutes, pour récupérer dossiers, matériel et effets personnels. La demande est suspendue à une éventuelle sécurisation partielle du bâtiment, que l’expertise devra valider. D’ici là, les vies professionnelles d’une vingtaine d’occupants restent sous scellés avec leurs murs.