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Othman Garrido condamné à trente ans : le djihadiste montpelliérain acquitté de l’assassinat

Couloir desert d'un palais de justice en soiree

La cour d’assises spéciale de Paris a condamné Othman Garrido à trente ans de réclusion criminelle mardi 22 septembre au soir. Le Montpelliérain de 32 ans, présenté par l’accusation comme un bourreau de Daech, a été acquitté du chef d’assassinat. Il échappe ainsi à la perpétuité que réclamait l’accusation.

Trente ans de réclusion et une période de sûreté

Le verdict est tombé en fin de soirée, après près de cinq heures de délibéré, rapporte Le Monde. Une période de sûreté couvrant les deux tiers de la condamnation y est attachée, soit vingt ans.

La cour a retenu deux qualifications. L’association de malfaiteurs terroriste, pour son ralliement à l’organisation État islamique. Et les meurtres en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste, parce qu’il a pris part, en septembre 2015, à la mise à mort publique de deux ressortissants iraniens à al-Qaryatayn, en Syrie.

L’accusation visait beaucoup plus haut : la perpétuité, avec vingt-deux ans de sûreté. Les débats s’étaient ouverts le 14 septembre devant cette formation spécialement composée, sans jury populaire. Notre article sur l’ouverture du procès détaillait le parcours syrien de l’accusé et les pièces du dossier.

La photo qui n’a pas suffi à fonder l’assassinat

Le chef d’assassinat reposait sur un seul cliché. Un homme au visage partiellement masqué y pose, une tête décapitée à ses pieds. Le corps, en arrière-plan, est celui d’une victime jamais identifiée. L’image est de mauvaise qualité et elle n’est ni datée ni géolocalisée.

Cette photo provient d’un téléphone portable attribué à l’épouse d’Othman Garrido, récupéré par les Américains en Syrie après la chute de l’organisation État islamique en 2019. Aucun expert n’est parvenu à identifier avec certitude le visage dissimulé. Le ministère public a fondé sa conviction sur la silhouette, la tenue vestimentaire et l’attitude du personnage. L’accusé a toujours nié être cet homme.

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Sur le second volet du dossier, les images ne laissaient pas la même marge de doute. Les photos de l’exécution d’al-Qaryatayn documentent la présence de Garrido de façon irréfutable : on le voit à bord du pick-up qui conduit les deux prisonniers vers le lieu de leur mise à mort, puis une main sur l’épaule de chacun des exécuteurs, les djihadistes français Oumar Diaw et Yacine Rettoun. Ces deux hommes sont morts depuis. Le groupe sourit devant les cadavres.

« La cour a tenu compte de son parcours en détention et l’a logiquement acquitté du chef d’assassinat. »

Me Antoine Ory, avocat d’Othman Garrido, à l’AFP

Un parcours en détention jugé « suspect » par l’accusation

Le procès a buté sur une question : que faire du détenu que l’accusé est devenu depuis son retour en France, en 2020 ? Reprise d’études, rendez-vous avec des psychologues, mise à distance revendiquée du discours djihadiste : les experts ont reconnu ce cheminement. L’avocat général y a vu une « évolution quasi parfaite » qu’il a qualifiée de « suspecte ».

Mardi matin, Me Louise el-Yafi, qui représentait l’Association française des victimes du terrorisme, partie civile, avait résumé l’embarras de la cour devant cette double figure.

« Ni jihadiste convaincu, ni repenti parfait. Qu’est-ce qu’on fait de toute cette complexité ? »

Me Louise el-Yafi, avocate de la partie civile

La défense a bâti sa plaidoirie sur ce point. « Je demande une peine qui puisse avoir un terme », a lancé Me Antoine Ory, refusant de voir le nom de son client inscrit « à côté de la sinistre cohorte » d’autres djihadistes français qui, eux, « n’ont jamais renié leur engagement ». Prenant la parole en dernier, Othman Garrido s’est dit « très chanceux d’avoir eu un procès équitable » et a remercié « les services publics » et « la justice qui m’ont tendu la main malgré mon passé ».

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« Né radicalisé » dans une famille du quartier de La Paillade

Le réquisitoire a longuement décrit le milieu familial. L’avocat général a dépeint la famille Garrido comme une famille « sous cloche, renfermée sur elle-même et radicalisée ». L’accusé lui-même s’est présenté comme « né radicalisé », sous l’autorité d’un père converti.

Othman Garrido a travaillé avec ce père sur le marché de La Paillade, que Midi Libre décrit comme un haut lieu du salafisme à cette période. Dans l’entourage de ce père, Ahmed al-Mezgaldi a tenu un second rôle paternel et l’aurait encouragé à gagner la Syrie. Il quitte la France en 2012, à 18 ans. Son frère aîné Oubey et lui sont partis en « pionniers », selon l’accusation, avant que le reste de la famille ne les suive. Othman Garrido a vécu en Syrie jusqu’en 2020. L’accusation y voit l’« un des départs les plus précoces vers la Syrie ».

Pour le représentant du ministère public, juger ce Montpelliérain revenait à juger « l’un des statuts les plus hauts » de l’organisation État islamique, aux côtés de Tyler Vilus. Ce djihadiste français a écopé de la perpétuité en 2021 pour sa participation à une double exécution publique, elle aussi commise en Syrie.

Le dossier Garrido s’est jugé à Paris. La préparation antiterroriste, elle, se joue aussi sur le terrain montpelliérain : la préfecture de l’Hérault a organisé le 24 mars dernier un exercice simulant un attentat au centre commercial d’Odysseum, pour tester la réactivité des secours.