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Printemps des Comédiens épinglé par la Chambre des comptes

Le château et les jardins à la française du Domaine d'O à Montpellier, lieu du Printemps des Comédiens

La Chambre régionale des comptes Occitanie a rendu public, ce lundi 8 juin, un rapport au vitriol sur la gestion de l’association qui a porté le Printemps des Comédiens jusqu’en 2024. Finances dégradées, gouvernance effacée et dépenses insuffisamment justifiées : les magistrats financiers dressent un tableau sévère du deuxième festival de théâtre de France, au moment où sa 40e édition bat son plein au Domaine d’O.

Une situation financière jugée « préoccupante »

Le constat des magistrats est sans appel. Le budget de l’association a fortement grossi entre 2019 et 2024, passant de 2,8 millions d’euros à 4,7 millions d’euros. Cette croissance n’a pourtant rien garanti, puisque la situation s’est brutalement dégradée à partir de 2023.

La Chambre évoque un risque pesant sur la « pérennité » de la structure. Le commissaire aux comptes a même déclenché plusieurs procédures d’alerte successives. Dans le même temps, les recettes de billetterie ont chuté de 34 % sur la période, ce qui a renforcé la dépendance à l’argent public.

Cette dépendance est massive. L’association a touché 12,8 millions d’euros de subventions entre 2019 et 2024, soit 65 % de ses recettes. La Métropole de Montpellier en a versé près de 9 millions, dont une large part provient d’une dotation du Conseil départemental de l’Hérault, l’État complétant le financement via la Drac.

Une gouvernance « effacée » au profit du directeur

Le rapport vise directement le mode de pilotage. Les instances de gouvernance, composées en grande partie des financeurs publics, n’ont pas exercé pleinement leur mission de contrôle. À leur place, l’ancien directeur Jean Varela a concentré l’essentiel des décisions sans disposer des délégations nécessaires.

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Dans ce cadre, de nombreuses dépenses apparaissent « insuffisamment justifiées et sans lien avec les intérêts de l’association ». Les charges de structure ont presque doublé, de 1,7 à 3,1 millions d’euros entre 2019 et 2023. La part réservée à l’artistique, elle, a reculé de 40 % à 31 % des dépenses sur la même période.

Plusieurs montants illustrent ces dérives :

  • un salaire de direction estimé entre 190 000 et 200 000 euros, soit 12 % des charges de personnel sur la période
  • l’externalisation de fonctions de direction confiée à des prestataires privés, pour un coût supérieur à celui d’un encadrement salarié classique
  • deux ruptures conventionnelles signées par le directeur pour 143 000 euros
  • les budgets peu détaillés de deux créations phares, « Bérénice » de Romeo Castellucci avec Isabelle Huppert (911 517 euros) et « Persona » d’Ivo van Hove (720 529 euros)

Réunie en conférence de presse, la présidente de la juridiction a résumé l’esprit du contrôle sans détour.

« Il a été laissé à cette association une grande liberté d’utilisation des deniers publics. »

Valérie Renet, présidente de la Chambre régionale des comptes Occitanie

Le rapport d’observations définitives, qui porte sur les exercices 2019 à 2024, est consultable en ligne sur le site de la Chambre régionale des comptes.

La défense de l’association et l’avenir du festival

L’association conteste fermement ces conclusions. Elle met en avant un fonctionnement « inscrit dans un rythme triennal », où deux années de prise de risque artistique précèdent une année de consolidation financière. Elle affirme n’avoir « jamais creusé un quelconque déficit » sur le long terme et revendique son rang de deuxième festival de théâtre français, derrière celui d’Avignon.

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La direction justifie aussi l’externalisation par la volonté de conserver une structure « légère », dans la perspective d’une fusion avec le Domaine d’O. Elle assure avoir toujours transmis ses documents à la Métropole, au Département, à la Drac comme à la Région, sans qu’aucune irrégularité n’ait été soulevée auparavant par son commissaire aux comptes.

Le festival, lui, a changé de mains. Depuis 2025, c’est l’Établissement public de coopération culturelle « Cité européenne du théâtre » qui le porte. La Métropole a engagé une procédure transactionnelle pour écarter le directeur, parti en décembre 2025. Le nom de son successeur, choisi par un jury, doit être annoncé ce mercredi par le maire de Montpellier.

Valérie Renet a tenu à distinguer « le festival en lui-même de l’association qui porte son nom », alors que la 40e édition se poursuit jusqu’au 21 juin. Le secteur théâtral local reste fragile, après la fermeture définitive du théâtre Odéon de Pérols annoncée pour la fin du mois. Quelques semaines plus tôt, l’association avait pourtant dévoilé une programmation 2026 ambitieuse, preuve que la vitalité artistique du rendez-vous n’est pas en cause.

Le Domaine d’O, écrin du Printemps des Comédiens, à Montpellier.