Un « livre noir » de soixante ans de politique des déchets, près de deux heures de réquisitoire et un appel au « soulèvement citoyen » : l’association Urbanisme & Citoyens a ouvert les hostilités mardi 15 septembre 2026, au Club de la presse, contre le projet de chaufferie CSR du site Ametyst, au sud de Montpellier. Le document sort avant la consultation du public prévue sur ce dossier. Ses auteurs réclament désormais l’abandon pur et simple du projet.
Soixante ans de déchets passés au crible
Le Thôt, Castries, Ametyst : le Livre noir reprend une à une les solutions présentées depuis 1967 comme la réponse au problème des ordures montpelliéraines. L’association y voit une suite de décisions qu’elle juge contestables, dont la chaufferie CSR serait le nouvel épisode. Son président Alain Heyraud reproche à la Métropole d’avancer comme un « rouleau compresseur » sur la transformation de l’usine.
Le chiffrage d’Ametyst occupe une place centrale dans le document. Sa construction, budgétée à 57 M€ HT, a coûté 90,7 M€ HT selon le Livre noir. Son budget de fonctionnement, arrêté à 34,6 M€ au contrat, a fini à 75,2 M€ au terme de dix avenants. Pour Claude Corbier, coordinateur de l’ouvrage, l’usine devait être « la solution fantastique » avant de devenir un « flop magistral ».
« On avait l’impression que la Métropole était livrée aux promoteurs. Aujourd’hui, elle est livrée aux industriels. »
Alain Heyraud, président de l’association Urbanisme & Citoyens
La critique la plus appuyée porte sur un revirement. La Métropole a voté en 2022 une stratégie « Zéro Déchet », exposée dans une délibération du 22 mars. Elle engage aujourd’hui une installation qui devra être alimentée en déchets, souligne Claude Corbier. « L’incinérateur, pour qu’il fonctionne, il lui faut du carburant. Donc il lui faut des ordures ménagères », résume Claude Corbier. Le Livre noir chiffre l’opération à 110 M€ d’investissement et 410 M€ HT de fonctionnement sur quinze ans, un montant qui varie selon les sources.
Le volet sanitaire au cœur du réquisitoire
Michel Level, docteur en biologie et en chimie organique, référent scientifique du collectif, a porté la démonstration technique. Il s’est appuyé sur la composition du combustible communiquée par l’industriel et présentée lors de la conférence :
- 32 % de plastiques
- 23 % de textiles
- 15 % de déchets putrescibles
- 10 % de composites
- 7 % de papier-carton, 6 % de combustibles non classés et 3 % de verre
De cette composition découlent ses inquiétudes : formation possible de dioxines et de furanes à la combustion des plastiques chlorés, production de mâchefers et de cendres à évacuer, présence de PFAS dans un mélange très hétérogène. Le scientifique redoute un « effet cocktail », né de l’addition de plusieurs pollutions.
« Il y aura des rejets. Tout ne sera pas filtré et ce qui sortira sera toxique »
Michel Level, référent scientifique du collectif Urbanisme & Citoyens
Sur son site, l’association avance que l’installation brûlera 45 000 tonnes de déchets par an, « essentiellement des plastiques ». Les trois intervenants veulent un débat nourri de données scientifiques : la composition exacte du combustible, ce qui sortira de la cheminée et les effets possibles sur les riverains. Ils refusent aussi le mot « chaufferie », estimant qu’une combustion de déchets reste une incinération.
Ce que prévoit le dossier du délégataire
La déclaration d’intention publiée en janvier 2026 par URBA Méditerranée, le délégataire, décrit un projet plus large que la seule chaufferie. Trois volets y figurent. Une centrale brûlant du CSR à bas pouvoir calorifique, d’abord. Une unité de tri qui préparera du CSR à haut pouvoir calorifique, destiné notamment aux cimenteries. Un équipement d’épuration du biogaz, enfin, dont le biométhane partira dans le réseau public de gaz.
Cette unité de tri doit absorber des flux aujourd’hui orientés pour l’essentiel vers l’enfouissement : les refus du centre de tri Demeter ainsi que les encombrants collectés dans les déchetteries de la Métropole et en porte-à-porte. Le document invoque également une échéance réglementaire précise, « l’interdiction du retour au sol du compost issu d’OMr », soit d’ordures ménagères résiduelles, à compter du 1er janvier 2027.
Le délégataire annonce une centrale implantée dans la partie sud-ouest de l’usine, enterrée pour partie sur neuf mètres afin d’en limiter l’impact visuel. Il promet une mesure des émissions en continu et, sur les principaux polluants, des seuils inférieurs aux valeurs limites réglementaires. Le périmètre de 3 kilomètres retenu autour de l’usine touche quatre communes : Montpellier, Saint-Jean-de-Védas, Lattes et Villeneuve-lès-Maguelone.
Une consultation du public de trois mois en fin d’année
La concertation volontaire s’est tenue du 11 mai au 14 juin 2026, ouverte par une réunion publique déjà très tendue. Son bilan a été mis en ligne le 22 juillet par le porteur de projet.
La suite est décrite sur le site officiel du projet. Les enseignements de cette séquence doivent alimenter le dossier de demande d’autorisation environnementale, dont le dépôt précédera la consultation du public. Celle-ci est attendue d’ici la fin de l’année 2026, pour une durée de trois mois, conduite par une commission d’enquête indépendante. Le bilan de la concertation est consultable en ligne.
Tracts, marchés et ateliers : la mobilisation s’organise
Urbanisme & Citoyens ne s’arrête plus à la demande d’explications. Alain Heyraud chiffre à 10 000 le nombre de tracts prévus. Ils seront diffusés sur les marchés et devant les écoles. L’association sera présente à la marche pour le climat du 26 septembre et prépare des ateliers pour accompagner les habitants dans l’enquête publique. Son président revendique un mouvement « interassociatif, interdisciplinaire et transpartisan ».
L’association dit avoir écrit le 25 juin à la préfète de l’Hérault pour réclamer un débat public. La réponse ne la satisfait pas. Aucun recours n’a été engagé à ce stade, selon son président, qui n’exclut pas cette hypothèse. Le Livre noir est téléchargeable sur le site de l’association. Le projet est porté par la Métropole que préside Michaël Delafosse. C’est sur la consultation du public que l’association compte faire porter son offensive.















