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Voiles d’ombrage : l’idée pour rafraîchir la place de la Préfecture

Voiles d'ombrage tendues au-dessus d'une rue du centre historique de Séville

Une place neuve, huit millions d’euros de travaux, une fontaine de jets d’eau au sol et presque aucune ombre. Depuis son inauguration en novembre 2025, la place des Martyrs-de-la-Résistance, devant la préfecture de l’Hérault, se vide aux heures les plus chaudes. Un artisan montpelliérain propose d’y tendre des voiles d’ombrage l’été, sur le modèle andalou. La pratique existait à Montpellier il y a deux siècles.

Une place neuve que la chaleur vide

La place des Martyrs-de-la-Résistance a rouvert le 26 novembre 2025, après vingt mois de travaux et un chantier confié à la paysagiste Jacqueline Osty, Grand prix de l’urbanisme 2020. L’opération a coûté 8 millions d’euros. Elle a fait disparaître le rond-point qui ceinturait la place, unifié le sol en pierre calcaire et dégagé la perspective sur l’Arc de Triomphe.

Le programme prévoyait 140 jets d’eau et sept nouveaux arbres plantés en pleine terre, en remplacement des quatre sujets en jardinières retirés en septembre 2024. Sur les quelque 3 500 m² que couvre la place d’après son contour relevé sur OpenStreetMap, cela fait un arbre pour environ cinq cents mètres carrés. Les trois oliviers et le micocoulier retirés du site ont été replantés square des Castors, à Aiguelongue.

Le résultat divise. Interrogée par Midi Libre le 6 août, Clémentine, 33 ans, vendeuse dans une boutique de bijoux située à quelques rues de là, résume : « Ça manque d’arbres, de végétation ou de toits d’ombrage. » Un autre commerçant décrit une « traversée du désert de la Préfecture à la Comédie ». À 15 heures, le jour du reportage, les bancs étaient vides. Ceux qui s’aventurent au milieu des jets sont surtout des enfants.

Des toiles montées en juin, retirées en septembre

C’est là qu’intervient Pascal Roman. Cet artisan montpelliérain possède une maison en Andalousie et connaît de près les toldos, ces voilages tendus au-dessus des rues qui transforment une artère écrasée de soleil en couloir d’ombre.

« J’ai une petite maison en Andalousie, à Aracena à 80 km de Séville. Là-bas, ils utilisent des toldos et c’est vraiment efficace. »

Pascal Roman, artisan montpelliérain, dans Midi Libre

Son projet tient en peu de choses : quelques poteaux amovibles, des toiles blanches tendues entre eux. « On les monte au début de l’été pour les retirer en septembre », explique-t-il. L’installation reste saisonnière, donc réversible. Elle ne cache pas la vue des monuments, insiste son promoteur, argument qui compte dans le périmètre patrimonial de l’Écusson.

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Pour rendre l’idée lisible, l’artisan a fabriqué des projections de la place équipée. Publiées le 6 août, elles ont déclenché une vague de réactions et de courriers de lecteurs, au point qu’il envisage désormais de rapporter des mesures de son prochain séjour en Espagne. Il imagine aussi une deuxième vie nocturne pour ces toiles, transformées en écrans de projection.

Ce que mesure la recherche

L’intuition de l’artisan est documentée. Une étude publiée en janvier 2021 dans la revue Building and Environment, consacrée aux voiles d’ombrage de rue dans une ville méditerranéenne, a simulé douze configurations urbaines à Cordoue. Résultat : les toiles réduisent les besoins de climatisation des bâtiments riverains de 12 à 46 % selon l’orientation de la rue, la réflectance des façades et la couleur du tissu. Les travaux antérieurs cités par les auteurs relèvent aussi une baisse de la température de l’air dans la rue pouvant atteindre 3 °C.

Un détail contredit l’image d’Épinal du voile blanc. Les simulations montrent que les toiles sombres sont plus efficaces que les blanches pour réduire la demande de refroidissement. La littérature du domaine donne aussi l’avantage aux grandes toiles installées haut et peu transparentes, devant les petits éléments suspendus bas. Le débat montpelliérain, s’il s’ouvre un jour, portera donc autant sur la hauteur d’accrochage et la trame du tissu que sur le principe lui-même.

Séville entoile trente rues depuis 1992

De l’autre côté des Pyrénées, la question est réglée depuis longtemps. Séville couvre chaque été trente rues et places de son centre historique, un dispositif maintenu depuis 1992. La ville y consacre un marché public de 1,7 million d’euros courant sur quatre ans, de 2025 à 2029, soit un peu plus de 400 000 euros par an.

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Le calendrier andalou est calé sur la saison : montage à partir de la seconde quinzaine de mai, démontage au début de l’automne. En 2026, trois rues commerçantes ont rejoint le périmètre. La municipalité a aussi lancé l’entoilage du pont de San Telmo, avec des portiques métalliques courbes démontables et un budget de plus de 1,1 million d’euros, pour abriter du soleil les milliers de piétons qui l’empruntent chaque jour.

Montpellier a déjà son ciel de rue

Le procédé n’est pas si exotique dans l’Écusson. Depuis le 20 juin et jusqu’à la fin du mois d’août, la Ville habille une centaine de mètres du plafond de la rue de la Loge avec des rubans aux couleurs du drapeau de la Pride. L’été précédent, c’étaient cinq cents ombrelles jaunes. Des crochets fixés sur les façades permettent cet accrochage saisonnier, réutilisé pour les illuminations de Noël.

La municipalité assume la double fonction du dispositif : « contribuer à l’adaptation de l’espace public aux fortes chaleurs en apportant de la fraîcheur dans cette rue de l’Écusson et marquer l’engagement de la collectivité en faveur de l’égalité des droits ». L’opération s’inscrit dans le plan d’attractivité commerciale du centre-ville mené avec la chambre de commerce et d’industrie de l’Hérault.

La Ville mise surtout sur l’arbre. L’opération « 50 000 arbres » a atteint son objectif le 13 janvier 2026 avec une plantation à l’école Hypatie. Le compte mêle toutefois arbres et arbustes. Les plantations ne se font qu’entre novembre et avril. En attendant que ces sujets prennent du volume, les Montpelliérains continueront de chercher les rares lieux frais du centre aux heures les plus chaudes, pendant que les architectes testent d’autres réponses, comme cette Folie conçue sans climatisation au Nouveau Saint-Roch.

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Une pratique montpelliéraine oubliée depuis deux siècles

Reste l’argument qui a fait basculer le débat. Sollicitées par Midi Libre, les Archives de Montpellier rappellent que la ville tendait déjà des voiles au-dessus de ses rues : « Des gravures anciennes du centre-ville montrent que des voiles d’ombrage étaient tendus dans les rues de Montpellier l’été jusqu’il y a 200 ans. » Les descriptions laissées à la fin du XVIe siècle par le voyageur Thomas Platter le confirment. Une gravure d’époque montre ces voiles au niveau de l’actuelle place Jean-Jaurès, qui accueillait alors la Halle aux Colonnes.

La pratique s’est perdue quand « on a voulu aérer l’urbanisme, élargir la voirie, laisser entrer le soleil en ville », résument les Archives. Deux siècles plus tard, la préoccupation s’est exactement inversée. Le sujet n’a pour l’instant fait l’objet d’aucune annonce municipale. Le projet Foch-Préfecture, lui, est documenté sur le site de la Ville, qui promet de planter « autant que possible » en pleine terre.

Localisation : place des Martyrs-de-la-Résistance, devant la préfecture, 34000 Montpellier