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Apnée du sommeil : un implant pour se passer du masque au CHU de Montpellier

Deux chirurgiens ORL au bloc operatoire du CHU de Montpellier

Dormir sans masque sur le visage : le CHU de Montpellier pose désormais un implant qui vient stimuler le nerf commandant la langue pendant la nuit. Une première dans l’établissement, réservée aux patients que les traitements habituels de l’apnée du sommeil ne soulagent plus. Le bloc ORL de l’hôpital Gui-de-Chauliac pratique cette intervention depuis plusieurs mois.

Un traitement de référence que beaucoup finissent par délaisser

Le syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil se traduit par des interruptions répétées de la respiration pendant la nuit. Les voies aériennes supérieures se referment, le dormeur se réveille sans toujours s’en rendre compte. La fatigue s’installe au fil des mois. Selon le CHU de Montpellier, 20 % des Français seraient concernés par ce trouble mais seulement 4 % suivent effectivement un traitement.

La réponse standard porte un sigle familier des personnes concernées : la PPC, pour pression positive continue. Un masque relié à un appareil envoie de l’air sous pression toute la nuit afin de garder le passage ouvert. Le procédé fonctionne. Il se heurte au quotidien au bruit de la machine, à l’inconfort du masque et aux contraintes de transport. L’orthèse d’avancée mandibulaire, ce dispositif dentaire qui pousse la mâchoire vers l’avant, offre une seconde option adaptée aux formes les moins marquées.

La Société française de recherche et médecine du sommeil chiffre l’ampleur du renoncement : 30 à 50 % des patients ne portent plus leur appareil de pression positive continue au bout de dix ans. Pour l’orthèse, la société savante retient un abandon de 10 % au bout de cinq ans dans l’étude ORCADES.

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Un stimulateur branché sur le nerf de la langue

L’implant proposé à Gui-de-Chauliac raisonne autrement. Plutôt que de souffler de l’air, il fait travailler les muscles. Le système repose sur trois pièces glissées sous la peau :

  • un stimulateur miniaturisé qui abrite la pile et l’électronique
  • une électrode chargée de détecter l’effort respiratoire
  • une électrode chargée de stimuler le nerf hypoglosse

Ce nerf commande notamment les mouvements de la langue. En l’activant au bon instant, le dispositif raidit les muscles qui tiennent le pharynx ouvert et empêche son affaissement. Un algorithme suit le rythme respiratoire en continu et déclenche la stimulation pendant l’inspiration puis à la fin de l’expiration, au moment où le risque de fermeture est le plus élevé, détaille le CHU dans son communiqué.

Le patient garde la main grâce à une télécommande qui allume et éteint l’appareil chaque nuit. Le niveau de stimulation monte progressivement, sur indication du médecin. La pose demande environ deux heures de bloc opératoire et une nuit d’hospitalisation, les réglages étant affinés lors des consultations de suivi.

Des conditions d’accès inscrites noir sur blanc au Journal officiel

Tout le monde ne peut pas y prétendre. Les règles ne relèvent pas d’un choix d’établissement : elles figurent dans l’arrêté du 17 juillet 2024 qui a inscrit le neurostimulateur du nerf hypoglosse sur la liste des produits remboursables, publié au Journal officiel du 19 juillet 2024.

« Traitement du syndrome d’apnée-hypopnée obstructive du sommeil (SAHOS) modéré à sévère (15 ≤ IAH ≤ 50) chez les patients avec un IMC inférieur à 32 kg/m2 et en échec de traitement (non répondeurs ou non-observants) par pression positive continue (PPC) et par orthèse d’avancée mandibulaire (OAM) »

Arrêté du 17 juillet 2024, Journal officiel du 19 juillet 2024

Autrement dit, il faut avoir échoué avec les deux traitements classiques, présenter un indice d’apnées compris entre 15 et 50 par heure et rester sous le seuil d’indice de masse corporelle. Une vidéo-endoscopie réalisée pendant le sommeil complète le bilan pour observer le mécanisme d’obstruction propre à chaque patient. Le même texte impose aux centres implanteurs une équipe réunissant au minimum un anesthésiste, un chirurgien ORL et un infirmier de bloc. Le médecin qui pratique l’implantation doit avoir été formé à la technique au préalable.

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Quatre cents implants par an pour toute la France

La diffusion reste volontairement encadrée. La Société française de recherche et médecine du sommeil indique qu’un seul dispositif est aujourd’hui remboursé sur le territoire, dans la limite de 400 appareils par an, pour un coût d’intervention dépassant les 20 000 euros. Le remboursement court jusqu’au 16 août 2029 selon l’arrêté.

Montpellier n’est pas un terrain neuf pour cette chirurgie. La clinique Beau Soleil figurait déjà, depuis le 1er septembre 2024, parmi les cinq centres français habilités à poser ces neurostimulateurs. L’arrivée du CHU élargit l’offre publique dans une ville qui abrite aussi le centre de référence des narcolepsies et hypersomnies rares, installé lui aussi à Gui-de-Chauliac.

L’unité Rhinologie, base du crâne et pathologie obstructive du sommeil, dirigée par le professeur Valentin Favier, porte cette prise en charge. Le CHU s’appuie sur les résultats de l’étude clinique STAR, qui a montré une baisse des événements respiratoires nocturnes ainsi qu’une amélioration du sommeil et de la qualité de vie. L’établissement enchaîne les annonces techniques depuis l’été, après une prise en charge record d’AVC en seize minutes en juillet et une première opération de l’épilepsie au laser en août.

Localisation : hôpital Gui-de-Chauliac, 80 avenue Augustin-Fliche, Montpellier